Quelle est l'image de la VTK ?
Théâtre
d'amateurs autrichien, transversalistes, nomades, activistes
noborder, troupe internationale de théâtre
de rue, Alien Nation, " antiglobalistes "
errants, " saltimbanques ou guérilleros ",
Black Block, terroristes, event-hoppers, association criminelle,
Dr. Jeckyll et Mr. Hyde ?
L'histoire commence en 1994 dans le centre autonome
squatté Ernst Kirchweger Haus (EKH) à Vienne. Des résidents
du EKH et des gens de la scène affiliés se sont lancés
comme le " VolxTheater Favoriten " (ThéâtrePublix
Favoriten) et préparèrent " L'opéra de quat'sous "
de Brecht dans le seul Hall de théâtre du plus grand
district de Vienne. Depuis le début, le processus de
travail était défini comme un processus collectif et
était en conséquence assez long (durant plusieurs mois)
et riche en conflits. " De quoi l'homme vit-il ? "
était l'une des questions fondamentales dans le processus
d'organisation politique et artistique. L'auto-compréhension
du groupe comme " autonome et radicalement à gauche "
avait des opposants clairs et puissants, y compris l'Etat,
le capitalisme, la domination, le nationalisme et le
sexisme. L'Agit-prop et le théâtre d'amateurs sous une
forme engagée dessinèrent les lignes pour davantage
de projets collectifs : des pièces (Penthesilea de
Kleist, On ne paiera pas ! de Fo, Auftrag de Müller),
des soirées de chansons (VolxCore), du théâtre de rue
(fuit de Transdanubien : nage du canal du Danube, des
actions contre les expulsions). Les intérêts, les querelles,
les conditions de vie ont changé de manière continue
la composition du groupe, mais les principes définis
initialement sont restés les mêmes : pas de metteur
en scène, mais de la collaboration et un processus décisionnel
collectif, pas de frais personnels, ouverture aux personnes
intéressées.
Avec le temps, les expérimentations étaient
menés avec des nouveaux médias et avec
de la musique électronique dans des contextes
changeants et hétérogènes, l'on
se focalisait davantage sur le traitement du contenu
des différents thèmes, en cherchant plus
de textes que des pièces. L'operette d'action
autrichienne " Schluss mit lustig. - Ein Land
dreht durch ! " ( " Plus d'affaires
amusantes. Un pays devient fou ! ") ayant
suivi les législatives de 1999 a été
le dernier " pièce de théâtre "
jusqu'ici : le public était clôturé
et traité aux technologies pratiques de résistance.
Puis, le VolxTheater avait été mis à
la porte du Schauspielhaus de Vienne. Il s'agissait
moins d'un problème de contenu que de " l'arrogance
dilettante " [1]
des formes esthétiques. Avec le changement de
gouvernement en février 2000, il y eut un déplacement
croissant de l'espace du théâtre classique
vers la rue. Quelques personnes du VolxTheater ont travaillé
en tant que partie de la vague de protestations contre
le gouvernement ÖVP/FPÖ. Il y eut un boom
de moyens non-conventionnels utilisés dans les
action tels que la mise en réseau des protestations
à l'aide de l'Internet et l'usage de la vidéo.
Des formes théâtrales de protestation (par exemple,
des " missions de l'ONU ", des massacres
rituels en face des rangs de la police, des tambours
protestataires blancs, des délégations officielles,
l'assaut du Burgtheater) étaient testées de manière
précise lors de manifestations contre le nouveau gouvernement
de droite. L'ère de protestations mobiles sous formes
de caravanes et de réseaux commençait. Le tour d'EKH
en mai 2000 avait été une première tentative de prendre
l'action, sous la devise " one world - no nation
- anarchie au lieu d'Autriche ", dans l'espace
public dans les capitales provinciales autrichiennes.
Cette première caravane a déjà montrée que faire des
performances dans des espaces publics peut permettre
des formes immédiates et explosives de confrontation,
puisque les spectateurs deviennent des co-acteurs aléatoires,
parfois des contre-acteurs, et que les autorités d'Etat
observent le jeu politique avec soupçon, intervenant
" si nécessaire ". L'occupation provisoire
des espaces publics afin de mettre en scène un jeu différent,
avec une Volxküche (CuisinePublix), de la radio de propagande,
des duos de rue, des tours de passe-passe, des guerres
de tartes, parmi d'autres moyens, demandait de la part
des voyageurs non seulement d'être capables de gérer
l'organisation quotidienne d'une vie riche en conflits
au sein du gros collectif changeant de manière permanente,
mais également des formes d'action constamment flexibles
en fonction des situations et le dépassement des frontières
de cliché de leurs images de soi.
Le " cri de guerre " et l'emphase
thématique " noborder - no nation "
ont été mis en jeu au cours de la mise
en réseau internationale croissante. La VolxTheaterKarawane
(CaravaneThéâtrePublix) a été
organisé en 2001 lors des plénums ouverts
dans le cadre de la " Plate-forme pour un
monde sans racisme " (www.no-racism.net).
L'objectif de la caravane était de thématiser
les politiques migratoires et les lois racistes qui
les informent et qui déterminent institutionnellement
l'inégalité entre personnes.
" Le slogan et la demande 'noborder - no
nation' est un foyer qui relie les formations autrichiennes
de résistance avec les mouvements globaux de
protestation. 'Le droit à la liberté de
mouvement' est la revendication idéaliste et
radicale pour de nombreux mouvements transnationaux
à l'ère de la globalisation. Du travail
culturel anti-raciste et anti-national se réalise
de manière croissante par l'échange international.
L'Internet pousse à la mise en réseau.
De manière parallèle à 'l'harmonisation'
restrictive des politiques migratoires et des politiques
d'asile, des tentatives ont été lancées,
ces dernières années, afin de promouvoir
la mise en réseau des organisations anti-racistes.
Des médias indépendants, des manifestations
en réseau, des actions directes sont des manifestes
contre le projet international de déportation
et d'exclusion. En collaboration et coordination avec
le réseau international noborder (www.noborder.org),
des camps noborder, des caravanes et d'autres projets
ont été organisés. Durant le dernier
'été de résistance', l'un d'eux
a été la noborder-nonation- VolxTheaterKarawane. "
[2]
Durant leur tour, la VolxTheaterKarawane voyagea à
travers l'Autriche, la Slovénie et l'Italie, se déplaçant
vers des lieux où les régimes de frontières pouvaient
être problematisés et attaqués. Des accéssoires et des
costumes comprenaient des overalls et des casques oranges,
des chambres à air, des pistolets à eau, de l'équipement
militaire de l'ONU, etc. Au début du tour, le mémorial
à la frontière austro-hongroise qui commémore l'héroïque
démantèlement du rideau de fer, accompli par l'ancien
ministre de relations extérieures Alois Mock, et donc
la victoire contre le communisme avait été pris pour
cible par des soldats U-no lors d'un acte théâtral " les
artistes apprennent à tirer ". Ensuite, la caravane
s'est déplacée à Salzbourg pour le sommet de Forum Economique
Mondial afin de pénétrer dans la zone rouge avec leur
monstre-FEM formé de chambres à air. Dans le cadre du
camp noborder à la frontière entre la Slovénie, la Hongrie
et la Croatie, des passeports noborder a été distribués
par des soldats U-no dans le no man's land durant la
journée internationale d'action noborder. Les passeports
étaient censés permettre la traversée de la frontière
sans passeport officiel. A Ljubljana, la caravane a
organisé une manifestation en face d'un camp d'expulsions
en commun avec des groupes slovènes, en Carynthie ils
ont visité le musé des partisans et discuté des droits
des minorités. Le summum du tour noborder a été atteint
lors de la participation dans la manifestation pour
les droits des migrants, le 19 juillet 2001 à Gênes
où la caravane formait avec d'autres groupes le théâtrale
Alien Nation Block.
La transversalité de la VolxTheaterKarawane
De manière idéaliste, romantique, positive
et irréaliste, la VolxTheaterKarawane demande :
Pas de frontières, personne n'est illégale
- Pour le droit à la liberté de mouvements :
le terme migration peut être valorisé de
manière différente
La résistance
contre les politiques d'isolement de l'Europe forteresse
et du néolibéralisme proliférant
est en croissance internationale
Des mouvements
sociaux commencent à s'organiser au niveau de
base, y compris des migrants dès le début.
En contraste avec ce point de vue idéaliste, la réalité
est souvent effroyablement sobre, compliquée, banale
et schizophrène. La participation de migrants dans la
VolxTheaterKarawane s'est montrée difficile si pas impossible
dû aux circonstances du projet. Il n'est pas possible
pour les demandeurs d'asile en Autriche de quitter légalement
le territoire, même pour une période limitée de temps.
La caravane 2001, de même que la noborderZONE 2002,
devait, en ce qui concerne les participants, laisser
les frontières nationales derrière. Cependant, en termes
de politique réelle, pour des individus avec un statut
de résidence non assuré en Autriche, il est difficilement
envisageable de voyager, même vers d'autres pays de
l'UE. Par conséquent, seulement des individus avec des
passeports autrichiens, allemands, US américains, australiens
et slovaques ont pris part dans les projets. Traverser
les frontières aurait été trop dangereux pour des individus
demandant l'asile. Par ailleurs, les demandeurs d'asile
en Autriche ont l'interdiction de s'engager dans des
activités politiques - ce qui pourrait menacer " la
paix et la sécurité " du pays. Ce qui reste est
le point de vue auto-critique que le travail en commun
nécessite plus de temps et une pensée continue de l'organisation.
La mise en réseau avec d'autres et le travail en commun
signifient le dépassement des frontières dans nos têtes
et la prise en considération tant des buts idéalistes
que de la réalité des migrants.
En ce qui concerne les conditions de voyage du tour
noborder, chaque traversée de frontière de la caravane
était une action stratégique et un jeu délicat. Il n'était
jamais clair combien de temps la caravane pourrait être
arrêtée, qui serait contrôlé et observé, qui ou quoi
ne serait autorisé à traverser la frontière. Les langages
de la caravane alternaient de manière aisée ou en bégayant
de l'allemand à l'anglais, l'espagnol et le slovaque.
L'expérience intensive de vivre ensemble résultait en
des dynamiques de groupe que les membres ont dû d'abord
supporter, et de l'extérieur, le processus de voyage
était menacé par des dangers et des répressions. Les
expérimentations commencent souvent avec de l'enthousiasme,
mais ensuite viennent - aussi sûrement que l'amen à
la fin de la prière - les jeux de pouvoir. Les expériences
de la pratique décrivent le processus souvent comme
dégrisant; les mécanismes répressifs sont souvent rigides
par leur structure, durs et écrasants. Cependant, les
mémoires hétérogènes cherchent des moments qui donnent
du sens, qui analysent le processus et ses contenus,
afin d'imaginer davantage de capacités d'action politique
et d'organisation.
Des lignes de fuite ? Pourquoi ne pas dessiner une
ligne transversale - localement et globalement - ou
une tentative de " devenir-minoritaire " ?
/ - HM - /
Ensuite cela signifie - comme
vous pouvez le lire chez les rhizomistes Deleuze et
Guattari - miner les logocentrismes pour devenir capable
de dessiner " des lignes de fuite "
et pousser la création des machines de guerre
nomades révolutionnaires
/ WOW!! /
Cela questionne de manière irritante les divisions
sociales et les systèmes d'ordre en déplaçant
les affects et les intensités ; les théoriciens
remplacent le panorama de bataille d'une révolution
" majeure " vers un mosaïque
des transformations mineures de " révolutions
de désir "
YEAH!!! -
Pour moi, une enthousiaste de théâtre
et de théorie, les termes " Empire "
et " multitude " que Negri et Hardt
font retentir dans le nouveau tube d'analyse pétillent
d'espoir, juste comme les lignes transversales de Deleuze
et Guattari, mais aussi d'un certain pathos théâtral
désirable qui est certainement capable de faire
bouger. Bien que la bonne musique/analyse par elle-même
ne soit pas une guide pour l'action, elle change le
ton et nous rend plus conscients de ce qui est en train
d'être joué. Bien entendu, les théories
de Negri et Hardt sont messianiques jusqu'à un
certain point, presque chrétiennes, mais néanmoins :
de la théorie avec de l'esprit est ce
dont les âmes désillusionnées ont
besoin de temps à autre. d'activistes publix
se foutent du bavardage théorique. Le " on
sait tout " des théoriciens servirait
seulement à créer des hiérarchies.
Peut-être le terme " Empire "
est-il attirant, en ce qu'il a quelque chose à
voir avec Star Wars, Yoda et les rebelles. La rhétorique
des débats intellectualistes n'y joue aucun rôle.
Des structures de classe et des préjugés
étranges imprègnent évidemment
aussi le champ de bataille de la gauche. La brave séparation
lors de différents forums de discussion consolide
les phobies des contacts en partie justifiées.
Des mondes différents de production de concepts
et d'images rentrent trop souvent en collision ou rebondissent
les uns sur les autres. La séparation est à
la base importante, l''isolation tout à fait
moderne, la critique solidaire est souvent une affaire
secondaire. Et on se pose assez fréquemment la
question : est-ce cela la multitude? Qui veut rester
à la recherche de formes d'action et de représentation
appropriées ainsi que penser sur des possibilités
d'agir, en passant des heures à des plénums ?
La caravane continue sa route
La production d'images par les médias fit connaître
la caravane et la tritura. A propos de l'arrestation
qui suivit les manifestations contre le G8 à
Gènes, le projet acquit une renommée inespérée.
Ainsi l'image de la VolxTheaterKarawane fut arrachée
aux producteurs d'images. La question de savoir si la
ligne de fuite était transversale ou terroriste
était laissée au jugement du tribunal
molaire. La massue de terreur menaça de dissoudre
le concept du théâtre, et d'anéantir
les intentions transversales et les corps indociles.
Bien que le verdict du procès n'ait pas encore
été rendu, nombreux sont ceux qui veulent
que le projet continue. Mais dans la réflexion
de l'agir politique, dans l'évaluation et l'auto-critique,
et en matière d'objectifs concrets, les différentes
perspectives sont souvent fort divergentes ; le
groupe ne cesse de se développer et de changer.
Le travail en cours se concentre sur la poursuite de
la collaboration avec la Plate-forme pour un monde sans
racisme, de la mise en réseau internationale
noborder, de leur propre travail médiatique,
et de la recherche de formes d'expression " artivistes ".
De février à mai 2002, la campagne " Où
est Marcus Omofuma ? " fut menée
collectivement avec des groupes de migrants, à
l'occasion du procès de trois officiers police
de l'office d'enregistrement des étrangers qui
avaient ligoté et bâillonné le Nigérian
Marcus Omofuma sur un vol d'expulsion en mai 1999 jusqu'à
ce que, après une longue lutte avec la mort,
il succombe. (Les officiers de police eurent une condamnation
avec sursis de huit mois et travaillent maintenant à
nouveau pour la police.) Le spectre d'action allait
de l'observation du procès et du travail de presse,
à des actions théâtrales en face
du palais de justice [3].
En tant que réseau et forum d'organisation de
différents groupes antiracistes et de migrants,
la " Plate-forme " joue un rôle
fort important dans le développement, l'introduction
et la discussion de la collaboration, ainsi que des
formes d'organisation politique.
Le projet actuel de la VolxTheaterKarawane s'appelle
noborderZONE. Le projet va dans le sens d'une
expansion des possibilités de la mise en réseau
virtuelle et d'une production média indépendante.
" Les gens passent des frontières
physiquement et virtuellement. Du fait de la communication
digitale et physique, les artivistes veulent remettre
en question les frontières électroniques.
L'Etat et des organisations multinationales contrôlent
de plus en plus ces deux flux et mouvements. Mais la
technologie d'information appartient aussi à
une culture de résistance mobile et libre et
est un outil pour la construction d'une société
sans contrôles " [4].
L'idée de noborderZONE est une installation
en réseau dans les espaces publics en tant que
forum pour le débat public, fournissant des informations
sur les thèmes des migrations, de la globalisation
et de la résistance (point-info, vidéothèque,
archives audio), mais aussi marquant un lieu dont pourra
procéder une résistance physique et virtuelle
ainsi qu'un travail média indépendant.
En mars 2002, dans le cadre du festival du film autrichien
Diagonale à Graz, le collectif politico-culturel
noborder - incluant cette fois la VolxTheaterKarawane,
Die Kunst der Stunde ist Widerstand (L'art de l'heure
est la résistance), www.no-racism.net, wr, mayday
2000, indymedia, Kein Mensch ist illegal (Personne n'est
illégal) - organisa et produisit les séries
vidéo " noborder - nonation "
(1-3) et testa le projet média indépendant
noborderZONE dans l'espace public [5].
Un ancien autobus à impériale anglais
fut converti au printemps 2002 en un centre média
mobile avec des ordinateurs, des serveurs, une station
de radio et un lounge bar, ainsi qu'une vidéothèque
sur le toit. La VolxTheaterKarawane se transporta par
ce moyen d'abord au camp international noborder
à Strasbourg et puis spontanément vers
la Documenta 11 à Kassel. Cette fois, le thème
central de la marche transversale était les politiques
de " l'Europe forteresse " et plus
particulièrement le système d'information
Schengen (SIS).
zone.noborder.org
Durant le camp d'action noborder à Strasbourg
(19-28 juillet 2002), la VolxTheaterKarawane installa
une salon média noborderZONE en face de
la gare des trains. Le bus se rendit quotidiennement
depuis le camp situé à la frontière
franco-allemande à la station auxiliaire du camp
au centre-ville, qui diffusait des émissions
en live-stream à la radio et livrait des rapports
actualisés sur Internet concernant toutes les
actions se déroulant au camp et aux alentours.
Sur Radio Orange (une station de radio indépendante
à Vienne), par exemple, il y avait des rapports
quotidiens et des interviews sur la plage horaire allouée
au programme noborder. Le média-bus mobile
était à la disposition des activistes,
des touristes et des personnes intéressées
et était le point de départ d'interventions
théâtrales dans les environs.
" Nous avons exploré Strasbourg
selon les critères des 'systèmes biopolitiques',
mesuré des espaces, et nous avons rassemblé
des données utiles sur la composition de la bio-police
et de ses substituts électroniques à l'aide
de scanners biologiques. Les données étaient
ensuite reliées au système d'information
Schengen (SIS), rendant ainsi le système largement
accessibles " [6].
Munis de plans de réseaux et de cartographies
du " syndicat potentiel "
de Strasbourg, des équipes d'interview, de caméras
et de recherche et des scientifiques de l'Institut des
Systèmes Biopolitiques étudièrent
les conjonctions des contrôles sociaux, virtuels
et physiques. Les cibles de cette recherche étaient,
parmi d'autres, le SIS, des chaînes d'hôtels,
des forces de l'ordre, la gare, un bus Lufthansa, le
parcours de manifestations ainsi que des zones de surveillance
au centre-ville.
Strasbourg fut le premier camp international noborder
organisé par le réseau noborder,
comptant jusqu'à 2000 participants, et qui promettait
d'être, " pendant dix jours, un laboratoire
pour la résistance créative et la désobéissance
civile " [7].
Avec d'autres groupes, la VolxTheaterKarawane s'organisa
dans le 'barrio media' pour véhiculer de l'information,
du travail média et des interviews ainsi que
pour imaginer des formes de réseau pour des actions
concrètes. Après quatre jours, la police
interdit toutes les activités noborder
dans la ville, passant ainsi d'une stratégie
de déescalation à une offensive répressive.
Le maire de Strasbourg, la police et les médias
commencèrent à considérer la camp
comme un danger pour l'ordre public et agitèrent
contre les " anti-globalistes prêts
à user de violence ".
La réponse des autorités de l'Etat fut
l'utilisation de gaz lacrymogène sur les activistes,
l'encerclement et des arrestations ; des procès
suivirent et suivent encore. Pour ce qui concerne la
collaboration à l'organisation et la participation
des migrants au camp noborder à Strasbourg,
l'organisation de migrants The Voice [8]
s'est fortement investie dans les meetings préparatifs
et dans le camp, et le groupe MIB [9]
à Strasbourg même. The Voice s'est concentrée
sur la demande de l'abrogation de l'obligation de résidence
en Allemagne. Une caravane voyagea depuis le camp noborder
à Jéna, où fut fondée The
Voice, directement à Strasbourg. Leur action
principale fut une marche de manifestation se dirigeant
vers la Cour Européenne de Justice pour revendiquer
le droit à la liberté de mouvement ainsi
que pour demander l'abrogation de l'obligation de résidence.
Au total, le taux de participation de migrants au camp
était remarquablement faible, et ceci dû
à plusieurs facteurs : le réel danger
de répression, la critique des politiques de
représentation, la fonction d'alibi, le temps,
etc. Le laboratoire pour la résistance créative
s'empêtra dans des peurs de répression,
des débats sur l'organisation, les actions et
le travail médiatique. De nombreux participants,
y compris les quelques migrants qui prenaient part au
camp, avaient l'impression qu'une fois encore, les enjeux
avaient été noyés dans l'appareil
de répression et que le camp n'avait qu'un impact
limité.
Constituer des réseaux et collaborer avec des migrants
est important mais l'idéal ne peut être réalisé que
lentement et avec beaucoup de patience. On peut présumer
que ces efforts pour constituer des réseaux n'en sont
qu'à leurs débuts.
Documenta 11 - Plate-forme 6 : Réaliser la liberté
de mouvement.
Après le camp noborder à Strasbourg,
la caravane se rendit " sur invitation ",
et avec des " renforts " internationaux,
à la Documenta 11 - Plate-forme 5 à Kassel,
et y établit spontanément une noborderZONE.
(La VolxTheaterKarawane avait déjà présenté
son projet noborder-nonation à la Plate-forme
1 à Vienne au printemps 2001).
" Relier des espaces (physiques et virtuels)
et construire un réseau des systèmes politiques
et artistiques est essentiel au projet noborderZONE.
Pour cette raison, nous sommes heureux de faire un portrait
de la connexion pouvant exister entre des espaces politiques
et artistiques et leurs pratiques à Kassel, et
de pouvoir visiter et explorer la Documenta. La Plate-forme
6 veut attirer l'attention sur la précarité
de la situation des gens qui peuvent être expulsés
à tout moment. "
Au début, la VolxTheaterKarawane manqua sa tentative
d'occuper l'espace en face de l'immeuble Documenta comme
une noborderZONE temporaire. Elle fut considéré
comme une menace par le porte-voix de la sécurité
et par la police et banni de la place. Cependant, avec
le soutien de la co-curatrice Ute Meta Bauer et grâce
à la collaboration intensive, trois jours durant,
avec divers groupes (de Kassel, de la Caravane Tzigane
de Düsseldorf) ainsi qu'avec des activistes d'Italie,
d'Irlande, de France, ils parvinrent à installer
un camp noborder de 24 heures sur la place principale
de Kassel, encore en face du Fridericianum, et proclamèrent
la Plate-forme 6 de la Documenta 11 : noborderZONE.
Le sujet central en était l'expulsion imminente
de familles tziganes hors d'Allemagne. Une délégation
de tziganes de Düsseldorf s'était rendue
à Kassel et y a monté une petite exposition,
donnant des informations et menant des discussions avec
de nombreux visiteurs intéressés, qui
faisaient la file pour voir la plus grande exposition
d'art contemporain, concernant leurs conditions de vie
en Allemagne et leur imminente expulsion [10].
" Réaliser la liberté de mouvement " était
imprimé comme devise et invitation à la discussion sur
les dépliants pour visiteurs imités de ceux de la Documenta
11. Les participants au camp possédaient des cartes
de personnel de la Documenta et des cartes de presse.
Ils furent tous satisfaits de la collaboration et de
l'effet, et le projet suscita des discussions internes
à l'institution de la Documenta 11 sur la compréhension
de l'art et de la politique.
Enfin, créer des sphères contre-publiques
à travers des projets média, des discussions
et le Theatre Publix veut dire aussi, et c'est notable,
que produire des images et portraiturer des processus
est intégré à un agir, à
des projets politiques avec des demandes et des objectifs
oncrètes. Beaucoup de tentatives échouent
et confirment ainsi les préjugés de l'éclaircissement
bien intentionné ou de la production d'images
additive. Néanmoins, avec l'apport et la valeur
de l'expérience et des expérimentations,
de l'échange et des discussions, des formes d'organisation
sont testées dans la pratique, le niveau de qualité
augmente sensiblement, et les théories romantiques
tout comme le chaos pratique deviennent partiellement
plus compréhensibles. Et à la fin de chaque
projet, les nécessaires questions de sens reviennent
encore et encore : Que signifient notre agir ?
Comment peuvent être améliorées
la mise en réseau, la collaboration et l'organisation
politique ? Comment empêcher la politique
de représentation ? Quelle efficacité
y a-t-il à agir en tant que groupe théâtral
politique qui soulève des demandes en dehors
du capital et de l'Etat et produit, au mieux, de la
démangeaison dans le système ? Le
changement est-il possible sans foncer en permanence
contre les murs et être régulièrement
frappé à la tête par les autorités
d'Etat ? Et dans cette société disciplinaire
du multiculturalisme capitaliste, comment devient-on
un " bâtard transversal "?
Traduit par Francisco Padilla
[1] Expression de Hans
Gratzer, directeur du Schauspielhaus à ce moment.
[2] Pour de la documentation,
voir http://www.no-racism.net/nobordertour
[3] http://www.no-racism.net/racismkills
[4] http://www.dsec.info
[5] http://www.no-racism.net/noborderzone
[6] http://zone.noborder.org
[7] http://www.noborder.org
[8] http://www.humanrights.de/voice
[9] http://www.mibmib.free.fr
[10] http://www.krit.de/roma
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