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Lorsque
l'on parle aujourd'hui de la "critique de la
globalisation", l'on présuppose habituellement un
accord implicite et celui-ci est présupposé à
plusieurs égards: en référence à ce qui est précisément
signifié par la globalisation et sa critique; en référence
au point où cette critique est censée commencer;
et finalement, en référence à la question de
savoir comment un mouvement politique pourrait être
construit sur base de cette critique (ou est déjà
commencé à l'être). Néanmoins, ce qui est
ici présupposé n'est pas seulement et habituellement
une compréhension trop précipitée des termes, mais également
un code visuel très spécifique à
travers lequel la globalisation et sa critique se
laissent comprendre de manière apparemment
"naturelle".
C'est
précisément ce code et sa nature exacte qui seront ici
abordés. La question centrale consiste à savoir
comment certaines définitions conceptuelles pourraient
être atteintes aux niveaux de la communication
et de la compréhension, étant donné que la "globalisation"
est communiquée, pour la plupart des sujets critiques,
tout d'abord par le biais de textes très spécifiques
et des images et reportages des médias, bien qu'évidemment
elle soit également bien inscrite dans la vie de chacun
d'une manière très réelle. A cet égard,
il peut être affirmé succinctement qu'il devrait
y avoir une certaine unanimité du moins en ce qui concerne
les cibles de la critique et de la contestation,
sinon au niveau des enjeux de la critique de
la globalisation.
La
"globalisation", aussi loin que ce mot d'ordre
peut être utilisé en un sens général, est visuellement
exprimée par une série d'images, particulièrement
des images médiatiques qui semblent hautement incompatibles
au premier coup d'oeil. Durant le cinq bonnes années
durant lesquelles ce topos a circulé également dans
des médias populaires, et durant les dix bonnes années
où cela a été le cas dans le champ de la théorie,
l'on n'a point atteint un accord unanime autour de la
définition du terme. Contrairement à ceci, si
l'on jette un regard au paysage médiatique des mois
et des années récentes, on pense, d'une part, aux protestations,
largement réprimées avec violence, de Seattle, Washington,
Prague, Göteborg, Gènes et ainsi de suite, dont
le "pouvoir d'infection" (Klaus Theweleit)
est seulement dépassé par les images qu'ont laissées
les événements du 11 septembre 2001 dans la mémoire
du public mondial. Presque diamétralement opposé à
ceci, l'on trouve les images du complexe de l'industrie
du divertissement qui représentent elles aussi une expression
contemporaine de la "globalisation": des parcs
à thèmes, des malls, des chaînes de fast
food et franchises, des complexes multi-cinémas et ainsi
de suite, qui suscitent tous l'apparence séduisante
d'une "paix éternelle post-historique".
Ou pour utiliser un exemple différent: l'image d'une
favela brésilienne, largement dépourvue de connexion
infrastructurelle, en contraste de celle d'une gated
community protégée, reliée au monde extérieur premièrement
par le biais des télécommunications sans câble.
Entre-temps
des contrastes de ce type circulent également dans le
champ artistique: le peintre Dierk Schmidt, par exemple,
utilise dans l'un de ses travaux les plus récents un
passage de "L'esthétique de la résistance"
de Peter Weiss afin de spéculer sur la décoration artistique
du salon d'un ministère de l'Intérieur selon
les exigences de notre actualité. En une série de trois
tableaux huile/acrylique, il reintreprète le
tableau "La liberté" de Delacroix et "Le
radeau de la Méduse" de Gericault pour le présent
capitaliste global: le spot publicitaire bien connu
de Nike pour la coupe du monde de 1998 est superposé
sur "La liberté", lorsque l'équipe brésilienne
dépasse avec aisance les checkpoints de sécurité d'un
aéroport; "Le radeau de la Méduse" devient
par ailleurs un bateau de réfugiés naufragé sur les
côtes de l'Australie, et la forme contemporaine de subjectivation
qui y prend effet est littérairement rétrécie à
la "vie nue" (Giorgio Agamben). Toujours est-il
- telle pourrait être une objection contre Agamben
tirée de l'option de représentation de Schmidt - que
la souveraineté endommagée des sujets en rade est au
moins encore reconnaissable comme un contour obscurci.
Bien qu'elle soit réduite à un minimum, elle
est encore là.
Toutes
les images mentionnées ci-dessus semblent exprimer des
tendances hautement contradictoires, et surtout des
effets locaux de la "globalisation", mais
difficilement une régularité universelle. Ce qui domine
ce sont des expressions auxiliaires, et pas la moindre
des choses, des images provisoires un peu partout:
des béquilles visuelles comme le logo Nike (ou la demande
subséquente du "no logo"), des travailleurs
exploités dans une usine de Nike en Indonésie (qui sont
en fait difficiles à voir, mais qui peuvent être
mentalement rappelées à chaque moment), des lutteurs
masqués de la liberté, l'outil de communication universel
(le "hand-held communicator"), des passagers
de la classe d'affaires et également, de plus en plus,
de la classe économique, sans oublier l'intellectuel
voyageur ou "l'expert qu'on envoie chercher par
avion", comme on l'a récemment formulé avec pertinence. De fait, il semble que
le travail immatériel des conditions de production contemporaines
soit beaucoup plus difficile à saisir par des
images substantielles que ce qui était le cas avec la
majorité de travailleurs manuels dans le capitalisme
industriel.
Ou bien il y a quelqu'un qui ne peut pas se rappeler
immédiatement à l'esprit les photographies, mille
et mille fois reproduites, d'un Lewis Hine, Walker Evans
ou August Sander avec la mention des mots clés "exploitation
capitaliste", "paupérisation" ou "pauvreté"?
Bien
qu'il n'y ait pas d'absence d'emblèmes individuels
impressionnants pour "l'exploitation capitaliste
globale", il semble que chacun de ces emblèmes
indique toujours et simplement des côtés partiels et
symboliques de ce qui constitue un contexte plus grand
et moins facilement représentable. Ce sont des aspect
partiels dont chacun a une certaine signification séparée,
mais qui ne nous mettent pas en position d'être
capables de comprendre les processus "producteurs
de réalité", qui sont à l'œuvre aujourd'hui,
dans un contexte plus large, et, plus que tout, dans
leur multi-dimensionalité. Par contre, les flux transnationaux
de capital ou encore les "flux des idées"
(les soi-disant "idea-scapes")
restent captifs d'une étrange invisibilité. Les
"flux" globaux, qui contribuent de manière
substantielle à la formation des contradictions
mentionnées ci-dessus, semblent éluder de manière
persistante les formes conventionnelles de visualisation
- que cela soit dans les médias de masse ou dans l'art.
Ce que nous pouvons voir, ce ne sont le plus souvent
que les effets de quelque chose pour laquelle n'existent
pas de représentation obligatoire.
Peut-être
qu'il serait bon de se focaliser autour des lacunes
constitutives du concept même de globalisation
qui sont parfois très concisément ramenées à
l'esprit dans les projets artistiques: dans un projet
audio du groupe Global Dustbowl Ballads (composé
de Clemens Krümmel, Rupert Huber et la voix d'Alice
Creischer), ce type de "faillite nécessaire"
est transposé dans le son. Des textes de Woodie Guthrie
étaient d'abord introduits dans une machine de traduction
sur Internet et le résultat - de l'allemand mécanique
et déformé ayant encore quelques traces du socialisme
utopique des classes travailleuses américaines - était
à neuf chanté sur des boucles techno mélodieuses
et minimalistes. Ce qui résulte est exactement ce que
l'on pourrait attendre à la lumière des
principaux problèmes de traduction en rapport
aux propos le plus divers de la critique de la globalisation:
"L'homme de working de gamblin >riche homme
est et< est pauvre et Je ne va recevoir plus de maison
dans ce monde". Plus de maison dans ce monde?
Combien de migrants et de travailleurs déplacés autour
du monde pourrait chanter cette chanson?
Peut-être
alors, c'est précisément ce type de productions culturelles
dont on a besoin, qui peuvent produire, sinon des concepts,
alors pourtant des images (visuelles, acoustiques, etc.)
des processus qui produisent du réel et des contradictions,
qui sont généralement réduits à la formule "globalisation".
Il se peut que ce soit même là, où
une fonction primaire du champ culturel et artistique
pourrait être trouvée aujourd'hui (et bien sûr,
je parle seulement d'une portion minuscule et d'une
zone marginale de ce champ) spécifiquement en revêtant
ces processus d'une visibilité qui ne soit pas seulement
superficielle, à savoir, comme une précondition
pour être même en mesure d'imaginer des
formes de "mises en réseau résistantes",
sans égard que l'on en donne une emphase plus culturelle
ou politique. Dans la même mesure que la "globalisation
du bas"
- en contraste avec la "globalisation entrepreneuriale"
qui semble être imposée du haut - devient un sujet
de recherche de plus en plus brûlant, une culture
visuelle critique envers la globalisation pourrait être
encouragée à produire des images des ces courants
et tendances contradictoires actuels, particulièrement
celles "du bas".
Des
tentatives de ce type de visualisation se trouvent entre-temps
dans des médias artistiques forts différents, allant
du film, la vidéo et l'installation vidéo - par exemple,
il y a le travail de multiperspective de Chantal Akerman
sur la région frontalière entre les USA et le
Méxique ("De l'autre côté", 2002) -, à
la photographie - telles que les séries détaillées "Fish
Stories" (1990-95) et "Dead Letter Office"
(1997) d'Allan Sekula - jusqu'aux cartographies multimédiatiques
des conjonctions politiques et économiques transnationales.
Ces dernières sont compilées, par exemple, par
le groupe strasbourgeois Bureau d'études, qui prend
pour point de départ les corporations françaises et
ses branches internationales.
Un autre exemple réussi avait été exposé lors de la
Documenta 11 sous la forme d'une installation multimédia
"A Journey Through a Solid Sea" (2002) par
le groupe milanais Multiplicity qui avait pour but de
représenter la zone méditerranéenne comme une zone de
corrélations migratoires et économiques, mais aussi
biologiques et criminologiques. La manière dont
on devrait s'imaginer aujourd'hui la vie des individus
tout au bout de la "chaîne de la globalisation"
, est montrée, par exemple, par des reportages - également
exposés au Documenta 11 - du photographe indien Ravi
Agarwal (travailleurs dans le Gujarat du Sud en Inde)
ou dans les essais photographiques d'Olumuyiwa Olamine
de Osifuye sur la vie des rues à Lagos, Nigeria.
Sabine Bitter et Helmut Weber abordent la dimension
du développement urbain et architectonique de cette
"chaîne" dans leur projet vidéo et photographique
"Live like this!" (2000) dépeignant un complexe
résidentiel à Rio de Janeiro comme un symbole
- se délabrant lentement - de la modernité globalisée.
C'est également le type de thème que Florian
Pumhösl présente de manière exemplaire, en le
disposant réflexivement en éventail, dans plusieurs
installations vidéos sur des "ruines modernistes"
individuelles au Madagascar, Ouganda et Tanzanie.
Des
"cartes mondiales" graphiquement conçues et
politiquement interprétées ont existé partiellement
depuis le début des années soixante-dix, chez des artistes
comme, par exemple, Öyvind Fahlström ou Aligieri e Boetti
qui a (littéralement) cousu une carte mondiale à
partir des drapeaux nationaux sous la forme des pays
qu'ils représentaient. Cela trouve aujourd'hui un supplément
par une forme artistique hybride qui pourrait être
appelée des sketches du néolibéralisme dressé par les
médias ou des traductions graphiques sculpturales de
ce que Patti Smith chanta une fois comme "l'OMC
blues".
La contribution d'Andreas Siekman à l'exposition
"du bist die welt" (Künstlerhaus Vienne, 2001),
où l'on trouve une sculpture de l'auto-assemblée
DIY composée de petites figures de plastique et représentant
un sommet économique mondial quelque part dans les Alpes
suisses, en est un bon exemple, ainsi que l'installation
de Thomas Hirschhorn "Wirtschaftslandschaft Davos"
("Paysage économique Davos") (2001), qui poursuit
le même type de propos, seulement dans une dimension
plastique plus large. De manière plus récente,
Siekman est allé encore plus loin dans son exposition
"Die Exklusive: Zur Politik des ausgeschlossenen
Vierten" ("L'exclusif: sur la politique du
quatrième exclu") (Salzburger Kunstverein,
2002): l'exposition met en scène les politiques
drastiques d'exclusion et d'évacuation employées entre-temps
par les appareils de sécurité autour du monde contre
les manifestations et assemblées lors des soi-disant
"sommets globaux". Et finalement les séries
de photo de Lisl Ponger "Sommer in Italien"
(2001) - également présentées lors de la Documenta 11
- sont consacrées aux encochements concrets des politiques
de sécurité et des actions policières dans le
paysage urbain lors du sommet G7 à Gènes
en juillet 2001.
Il
reste à savoir dans quelle mesure ces visualisations
peuvent adéquatement faire le portrait des contextes
plus larges mentionnés ci-dessus; dans quelle
mesure une cartographie générale de la "globalisation"
devrait être compréhensive afin de représenter
non seulement des effets partiaux - aussi drastiques
qu'ils puissent être dans les cas individuels
- mais plutôt l'entrelacement des causes et des effets
à des niveaux très différents. De retour
donc à ce que le regard peut embrasser, au local?
Ou plutôt à la question concernant quelles dimensions
une image exemplaire de la "globalisation"
devrait comprendre, ou est, de manière réaliste,
capable de comprendre. Comme nous le savons,
le spectre va du concret et du local jusqu'au plus large
et universel, et la ruse stratégique décisive consiste
probablement à relier un extrême a l'autre
de telle façon que les nombreuses étapes médiatrices
ou les différentes "échelles"
continuent à être compréhensibles. Dans
ce contexte, Alexandre Kluge a une fois remarqué que
la «globalisation» commence pour lui au
point où un travailleur d'usine allemand montre
à un travailleur d'usine chinois comment viser
un boulon dans une pièce de métal correctement.
Ceci nous ramène en dernière instance
aux scénarios ou sites d'échange très
concrets, auxquels s'attachent certaines contradictions
et contremouvements qui peuvent à leur tour être
déchiffrés de biais comme des produits de la "globalisation".
En
fait, l'échelle du local est souvent présumée
comme le cadre déterminant des modes culturels, économiques
et sociaux de production et de reproduction.
En même temps, une expressivité spéciale est attribuée
à cette échelle eu égard aux processus transrégionaux,
transnationaux et même transcontinentaux. Et peut-être,
en couvrant méticuleusement chacune des ces constellations
locales - ce qui impliquerait bien sûr une tâche
pratiquement sans fin -. il pourrait réellement être
possible d'arriver graduellement à quelque chose
comme une "vue planétaire" ou "une conscience
planétaire". Ceci est une fantaisie dont on trouve
aussi bien des échos dans les constructions d'Internet
comme un "Weltgeist"
("esprit du monde") dématérialisé - mais il
s'agit bien seulement d'une fantaisie.
Une
vue de ce type, qui pourrait avoir une composition plus
proche du mosaïque que du fantasme, devrait manifester
sans aucun doute un caractère de patchwork. Toutes
les visualisations mentionnées ci-dessus devrait y être
inclues démocratiquement, de manière que l'étendue
conceptuelle de la "globalisation" pourrait
être révélée: des images des favelas brésiliennes
le long des banlieues californiennes; McDonald's à
Téhéran à côté d'une épicerie perse anonyme dans
quelque ville occidentale. Ceci devrait être ajouté
avec les mappings
("mises en plan") mentionnées plus haut, avec
la saisie multimédiatique de flux d'argent, capital,
travail et idées (aussi difficile que cela puisse être),
et avec la documentation par le biais de films des conditions
concrètes de vie sous les conditions politiques
et économiques néolibérales. Et tout ceci devrait se
référer non seulement aux sites "typiques"
ou les plus connus de la "globalisation",
mais également à ceux qui sont les plus "atypiques"
et "cachés" - toutes les localités qui sont
constamment produites ou "formatées" à
neuf par le processus contradictoires de la "globalisation".
De cette manière, il pourrait être possible
d'arriver lentement à une image en nombre
de parties, hétérogène et - en un sens positif
- disparate qui pourrait former la fondation épistémique
pour les mobilisations politiques se construisant sur
celle-ci.
Finalement,
les images individuelles du local pourraient seulement
prétendre à une certaine "validité"
ou "expressivité" dans la mesure où
elles arrivent aussi à réfléchir sur les sphères
d'influence et les forces, superordonnées et souvent
temporaires, auxquelles les lieux représentés sont exposés.
Un exemple d'un domaine apparemment éloigné: l'un des
aspects les plus intéressants et paradoxaux de la culture
électronique récente est qu'il semble participer
dans la production de nouvelles formes de localisation,
voire ancrage à un lieu . La raison pour laquelle
ceci est paradoxal est que cette culture - en commençant
par la techno, par exemple, et ses subgenres largement
proliférants - était à ses débuts fortement associée
avec une non-localisation très spécifique. Forcée
par l'"esprit" d'une utopique absence de bornes
ou le dépassement, orienté vers l'avenir, des restrictions
matérielles (et donc également locales) existantes,
cette musique était soutenue dès le début par
une conscience globale douteuse et amorphe. Cette conscience
pouvait être codée d'une manière ésotérique
(sous la forme d'un esprit holiste du monde), romantiquement
inclusive (comme un rejet de toutes les idées d'exclusion)
ou simplement pragmatique (comme un son d'accompagnement
du processus sans arrêt de "globalisation").
Cependant, l'on peut actuellement souvent observer des
"nœuds récursifs géographiques" de cette
musique globale, même si cela ne se fait que sous
forme d'attributions de certaines "signatures sonores".
En bref, la culture électronique en expansion constante
est exposée à un processus contraire en
lui-même: d'une part, les différences locales,
à partir desquelles "la culture globale"
se dessine substantiellement (du moins au niveau de
la consommation), jouent un rôle d'importance croissante,
c'est-à-dire, les différences locales s'inscrivent
dans le soi-disant global; d'autre part, l'engrenage
économique en dessous de la surface de cette "culture
globale" apparemment unifiée est constamment en
train de produire de nouvelles inégalités. En d'autres
mots, le global est aussi inévitablement incarné dans
le local.
Une
vue (et visualisation) plus compréhensive de la "globalisation"
qui part du local n'a dès lors d'autre choix
que d'élargir la spécificité du lieu (par ex., de la
production culturelle) fréquemment citée et de la voir
comme une interaction plus complexe de forces superordonnées.
Ou dans les mots du géographe David Harvey, elle n'a
pas d'autre choix que de regarder la globalisation comme
un "processus de production de développement temporel
et géographique dissemblable".
Les images notoires d'une cage, piège ou prison
ne sont pas suffisantes. Une meilleure manière
de rendre la "globalisation" compréhensible
- qui serait encore de loin éloignée d'une conceptualisation
persuasive - devrait commencer conséquemment par son
caractère productif et en processus et tenter
de démontrer cette "productivité" sur base
des nombreuses petites asynchronités et dissemblances
dans la fabrique actuelle de la société (sans égard
où). En tant que force de différentiation - et
justement non pas de homogénéisation -, la "globalisation"
inscrit des différences de plus en plus drastiques dans
des géographies et des temporalités, telles que les
différences entre "touristes" et "vagabonds",
comme Zygmunt Bauman l'a dit; ou celles entre les demandeurs
d'asile et une nouvelle "classe délibérante",
qui n'est le plus souvent que marginalement concernée
par des problèmes quotidiens, mais fondamentaux,
comme l'est le droit de résidence; et finalement celles
entre (nous) "des gens libres" et les "acteurs
du mal" quelque part là dehors, tel que
nous avons été en train de l'entendre ce dernier temps.
"Keep on rockin' in the free world" est ce
que Neil Young chantait déjà en 1989, l'année
du changement, seulement pour constater auto-réflexivement
au même instant: "Don't feel like Satan,
but I am to them." En 2002, Young avait fait une
volte-face patriotique à la lumière des
événements, et il se pourrait - dans une perspective
de plus long terme - que ces mots ne s'appliquent à
personne de mieux que lui-même: "Let's roll
for Freedom / Let's roll for Love/ We're going after
Satan / On the wings of a Dove".
Dans
cette dernière opposition, il y a déjà
un nouveau code visuel et conceptuel au travail - un
code dans lequel on donne à la "globalisation"
son expression la plus actuelle dans la formule liberté
vs terreur. Ceci est un code qui doit être sans
cesse affronté si nous sommes censés arrivér un jour
à une image plus adéquate et peut-être
même à un concept approprié de "globalisation".
Traduit
par Francisco Padilla.
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