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Le stress de la créativité s'est accru. Les sueurs
froides de la Neue
Mitte.
Un symptôme psycho-discursif des "sociétés de
survie" capitalistes United-Colors-G8. Il se
manifeste de la façon la plus nette parmi certains
segments de la jeunesse des grandes villes, jusqu'à 45
ans. Il témoigne d'une évolution du mode de
socialisation, d'une simultanéité qui s'intensifie: la
mobilisation des formes de vie et l'attaque qu'elles
subissent, cet obsédant "fais quelque chose de ta
vie", "ne reste pas coincé dans la normalité",
et puis cette minable promesse de superstar
– et, en même temps, la multiplication des mécanismes
d'exclusion et de mise à profit: superpauvreté,
superexclusion, supercontrôle. Tandis que certains pans
de la population, conductrices de bus, garçons de cafés
et employés de stations-service, sont invités à
s'enregistrer sur le site Internet de la police pour
recevoir en continu les avis de recherche des flics par
SMS, la nervosité d'arriver à mener une vie déviante
et de connaître malgré tout le succès augmente dans
certaines parties de la jeunesse urbaine. Ainsi augmente,
en fin de compte, le nombre des films publicitaires dans
lesquels on peut suivre, filmé caméra à l'épaule, le
quotidien désordonné et branché de gens en survêtements.
Au même rythme se multiplient les symposiums,
expositions et festivals de cinéma qui traitent de
questions de politique, exposent des critiques, représentent
la vie des nouveaux hommes infâmes sans déborder les
quelques mètres carrés des institutions et de leurs
logiques de représentation. La plupart du temps, ils
laissent même intact le sale quotidien de hiérarchies
horizontales et de divisions du travail stupides de ces
institutions.
C'est là la vie moderne. Les normes sont devenues plus
floues et plus strictes. De plus en plus. Peut-être
devrait-on reprendre un spleen du 19e siècle
et tenir en laisse des tortues pour montrer à
l'affairement créatif néobourgeois quelle vitesse on
est prêt à atteindre dans la vie. Mais cela ne
reviendrait-il pas à boucler la boucle?! A marcher
encore une fois dans les pas de la subjectivation
capitaliste déviante, avec laquelle est peu à peu
apparue la façon dont le mouvement de dégagement
anticonventionnel du capital charrie une promesse de
bonheur vouée à s'écraser pompeusement lorsqu’elle
traverse la double logique de mise à profit et de
disciplination subjectivante?! Les flâneurs qui, vers
1840, promenaient dans les galeries des tortues attachées
à des laisses scintillantes, tenues dans leurs mains
gantées de rose, pour se laisser dicter le tempo par
elles, constituaient un des premiers gestes de la
particularité de la culture pop: la solitude de la
curiosité et la distinction aristocratique des derniers
dandys face au monde à venir des employés. Pour
Baudelaire, le dandy incarnait "un personnage révolutionnaire
et opposant", faisant chaque jour la preuve de sa
volonté de "combattre la trivialité". Depuis
lors, la stratégie de l'attitude cool, du beau vide
ouvert à l'impression des choses(-marchandises), a été
mille fois reprise et démocratisée, volant en éclats
et échouant avec succès. Des profondeurs du passé
apparaissent les écueils sur lesquels la promesse de la
différence pop-culturelle se brise toujours: la
pression de la subjectivation, la transfiguration de soi,
l'excès antibourgeois, la baise comme souhait de
transgression, la désocialisation de la révolte.
Une remarque sur un point seulement. A propos de la
transgression. En 1848, Baudelaire montait sur les
barricades parisiennes, élégant avec sa cartouchière
jaune et son nouveau fusil de chasse, et se battait pour
la République. Plus tard, il écrit à propos de l'expérience
de la révolte les conneries désocialisées sur la
transgression devenues typiques depuis lors: "Je
dis: 'Vive la Révolution!' comme je dirais: 'Vive la
Destruction! Vive l'Expiation! Vive le Châtiment! Vive
la Mort!' Non seulement je serais heureux d'être la
victime, mais je ne haïrais pas d'être le bourreau –
pour sentir la Révolution des deux manières. Nous
avons tous l'esprit républicain dans les veines comme
la syphilis dans les os." Le désir de la trahison
et la passion de la barricade n'apparaissent pas chez
Baudelaire comme des possibilités sociales en relation
avec d'autres possibilités sociales – la trahison
avec le dogme (chrétien) de la fidélité jusque dans
la mort, avec la peur de faillir moralement; le grand
frisson du flingue et de la barricade avec les débuts
de la rationalisation stratégique de la politique prolétaire
et le gain de plaisir de la haine et de la violence
collective. Baudelaire réifie et autonomise ses affinités
avec la trahison, la haine et la mort. Il les impute
finalement à lui-même, un premier vacillement de
l'excessivité antibourgeoise, un gonflement de l'ego
avec un rapport de forces social qui a permis en premier
lieu son geste de provocation bohème. Baudelaire a
besoin des "radoteurs bourgeois", de la "classe
des domestiques publics", des "soi-disant gens
convenables" sur lesquels tranche son Oui! à la
destruction, au crime, à la prostitution; son attitude
provocatrice découle d'une fixation négative et
constitue un plaisir de second rang qui se nourrit de
l'indignation des autres. Dans bien des provocations
creuses de Baudelaire, qui résonnent aujourd'hui encore
dans l'attitude anti-politiquement correct, Benjamin perçoit
quelque chose qui apparaîtra plus tard dans la révolte
de droite également: la suraffirmation de la violence
et de la destruction. A demain, sur les écueils de
marbre.
Peut-être peut-on avancer à tâtons vers un autre aspect
du problème dissidence-capital-biopolitique en se
tournant vers Marx et sa critique de la bohème
parisienne, dans la mesure où celle-ci était impliquée
dans les luttes de classes en France. Pour Marx, elle
manquait de clairvoyance stratégique, de capacité
d'organisation de la position prolétaire. Qui étaient-ils
donc, ces militants parmi les bohèmes? Des
conspirateurs conspirés qui voulaient faire "une révolution
au pied levé, sans les conditions d'une révolution".
Leur activité chancelante, presque fortuite, "leur
vie désordonnée, dont les seules étapes fixes sont
les troquets des marchands de vin", énervait Marx.
Dans Le 18
brumaire de Louis Bonaparte, il y oppose le rêve
impossible d'un révolutionnaire tout à fait à sa
place, entièrement dévoué à son temps, à sa tâche,
à sa classe, inlassablement autocritique, autoréflexif,
soldatesque – jusqu'à ce qu'arrive le moment, "jusqu'à
ce que soit créée enfin la situation qui rende
impossible tout retour en arrière, et que les
circonstances elles-mêmes crient: Hic Rhodus, hic salta!"
Cette division du travail entre bohème et lutte, entre
joyeux et sérieux, provocation et politique, reproduit
jusqu'à aujourd'hui les projections sans fin entre une
réduction du style et une réduction de la
POLITIQUE-POLITIQUE, qui ne veut pas connaître
d'interruption, de remise à plus tard, de perte, de
laisser-tomber, ne-rien-savoir-non-plus, aller-plutôt-boire-un-verre.
Tandis que les autres causent encore et encore de
glamour, d'être sexy, d'être cool, et l'actualisent
dans des circonstances qui sont insupportables.
Dans Homo sacer,
Agamben a poursuivi ce qui s'annonçait doucement et de
loin chez Baudelaire comme âneries de transgression et
au sujet duquel Benjamin se disputait avec les membres
du groupe Acéphale, dont faisaient partie Bataille,
Leiris, Klossowski, Caillois, qui s'entouraient de
l'aura sombre de la société secrète: l'idée d'une
souveraineté individuelle, avec laquelle est sanctifiée
une vie extrême qui s'expose à l'excès des expériences
sexuelles, de mort et de violence. Benjamin poussa le
groupe Acéphale – Klossowski avait après tout
traduit son essai sur "l'œuvre d'art" – à
prendre au sérieux l'expérience allemande, le kitsch
dont les nazis nimbaient la mort, et à être prudent
vis-à-vis de l'idée d'une sainte souveraineté de
l'excès: "Vous travaillez pour le fascisme".
Agamben parle d'une confusion intéressante: le groupe
Acéphale, et surtout Bataille, avait mis en lumière le
lien entre la souveraineté et une vie exposée à un
extrême transgressif. Ils auraient compris et esthétisé
par erreur comme étant radicalement individuel ce qui
constitue le cœur du bio-pouvoir européen: les mécanismes
par lesquels une vie nue est détachée de formes de vie
mobilisées: des corps malades, fous, criminels, étrangers
– du matériel internable.
Depuis
1968, l'environnement borné et fermé, qui offrait
encore à Baudelaire les coulisses d’un monde
d’employés à venir, a explosé. L'éveil militant de
1966-67 a multiplié les formes de vie, imposé des
divergences. Le projet universel du socialisme qui y était
lié a été annulé pour diverses raisons. Le régime
postfordiste de capitalisme biopolitique impérial (pour
le nommer avec un substantif monstrueux) qui est ainsi
apparu mobilise simultanément de nombreux mécanismes
de mise à profit et de disciplination que l’histoire
a déjà montrés.
Et maintenant?
Peut-être, pour le moment, développer davantage
l'amour du mélodramatique. Parce qu'il traite de
l'incapacité d'intervenir dans la catastrophe. Voilà
une autre passion dont pourrait s'occuper la gauche. Je
m'adresse donc à la gauche: comment se reproduit le
pouvoir dans les pratiques de libération? Sujet
passionnant. Le mélodrame utilise le grand sentiment du
IL-EST-TROP-TARD, le revirement était possible, mais
l'occasion est passée, musique, grand sentiment mélancolique
de perte qui ne produit pas de conséquences ni n'est déplorée,
mais qui est intériorisée. Et toujours le départ filmé
au ralenti: "If only you could have recognized what
was always yours." Bien que le revirement ait été
possible, le malheur, la séparation sociale, l'accident,
la mort, la bassesse ont suivi leur cours. Et, en même
temps, le mélodrame promet le revirement soudain, le
bonheur, la possible arrivée soudaine d'une nouvelle ère,
d'un autre destin. Dans ce sens, le mélodrame est
messianique. Tout comme il est capitaliste, faisant le
trafic de la grande promesse: tu peux y arriver, mais
non, finalement non. Et les larmes coulent alors pendant
le générique du mélodrame, pour se réconcilier avec
la passivité sociale, avec la souffrance, avec
l'incapacité d'action. Mais elles coulent aussi à
cause du sentiment passionné de ressentir le lien entre
la vie quotidienne et le pouvoir. C'est la naissance de
la révolutionnaire qui pleure. C'est ici que commence
la mémoire de Fassbinder, qui voulait croiser le grand
sentiment, la déception, la trahison et la critique
sociale. Un peu maniaque et répétitif. On l'admet. Début
de la projection. Larmes. Fin (début).
Traduit
par Julie Bingen
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